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février 2008

22 février 2008

Coup d'état

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C’est officiel, Guillaume Pepy, actuel DG de la SNCF a gagné, c’est lui qui devient le nouveau Président du mastodonte public. Et l’actuelle Présidente, AM Idrac, doit rendre les armes, elle n’aura résisté que quelques mois à l’offensive de son numéro deux.
Cette nouvelle a suscité quelques émois dans le microcosme économique, comment une femme de sa carrure a-t’elle pu se faire éliminer aussi rapidement ?

Pourtant c’était quasiment écrit, cette nomination rappelle qu’on échappe difficilement aux règles sociales primates ancestrales.

Le numéro 2, première menace du chef

Chez les chimpanzés,  c’est souvent le numéro deux qui représente la première menace pour le chef.  Il est en bonne position pour « apprendre » le métier de chef, faire la démonstration de ses compétences, se faire des alliés, repérer les fragilités de son boss pour sortir du bois au bon moment et ravir le trône .

Tisser son réseau

Les règles primates sont claires, le pouvoir appartient chez les chimpanzés, à ceux qui ont le plus de réseau, d’alliés au sein de la troupe. C’est pourquoi, le candidat au pouvoir doit mener une vraie campagne pour conquérir en interne le maximum « de supporters » et s’il est épaulé par des dominants, c’est encore mieux.
Il existe donc une vraie prime aux candidats issus de la promotion interne par rapport aux parachutés.
L’histoire d’AM Idrac avec la SNCF est brève puisqu’elle a été nommée à la tête de la Compagnie, il y a moins de 2 ans alors que l'histoire professionnelle de G Pepy se confond presque avec celle de la SNCF. Pendant ces longues années, il a eu le temps de tisser sa toile d’influence en interne, ce qui n’était pas le cas de sa concurrente.

Mettre en scène ses qualités de chef

Il a aussi su faire la démonstration de ses capacités de chef. C’est en période de tempête, de crise, que le chef a les moyens de déployer son talent, cela passe ou cela casse.

G Pepy a fait preuve d’une énergie étonnante pendant les dernières grèves : il se déplaçait lui même sur le terrain pour rassurer les clients et relevaient les manches pour négocier avec les syndicats.
Il a montré ainsi en interne et en externe, qu’il n’avait pas peur, qu’il était capable d’ autorité, qu’il était motivé, disponible, qu’il travaillait visiblement beaucoup (sur les quais de la gare, il était visible par un grand nombre alors que dans son bureau ou dans les couloirs ministériels, sa diligence au travail aurait été plus discrète !).
Autant de qualités qui caractérisent un bon chef.
Cela a payé, il a occupé le terrain en se positionnant comme le chef de fait, décrédibilisant ainsi sa rivale.

Couper sa rivale de ses derniers alliés

Au cours des dernières semaines, il a porté le coup fatal à AM Idrac en l’empêchant d’utiliser la seule carte qui lui restait. Compte tenu de son parcours (Ena), la dirigeante pouvait raisonnablement compter sur un certain nombre d’alliés en « haut lieu » comme on dit. Même si sa résistance face au projet de « service minimum » pendant les grèves, a fragilisé ses appuis au sein du gouvernement. Elle pouvait quand même s’attendre à ce que ses pairs, énarques, la soutiennent. Tel n’a pas été le cas.
G Pepy s’est imposé dans tous les rendez-vous ministériels qu’elle a réussi à décrocher et là encore, il a réussi à occuper le terrain.

Il est possible qu’AM Idrac ait surestimé ses chances de succès, en pensant notamment que le fait d’être une femme dans un monde d’hommes où il est bon d’afficher une certaine ouverture « au sexe féminin » par rapport à l'opinion était un vrai atout.
Cela n’a pas suffi pour convaincre le gouvernement, il faut dire que celui-ci a  marqué quelques avancées sur ce terrain là, en confiant certains postes clefs à des femelles primates. 

Ce qui lui permet aujourd’hui d’en sacrifier certaines en limitant le risque d’accusation de misogynie.

21 février 2008

La morale : une espèce en voie de disparition ?

Is682013 A l’heure où le terme « Morale » revient sur toutes les lèvres, où l’on brandit le spectre de la « décivilisation » de notre société et où le gouvernement décide d’imposer des leçons de morale à l’école primaire ; on peut se demander si la morale est vraiment une espèce en voie de disparition et si oui pourquoi ?
L’éthologie des primates peut nous aider à y voir plus clair.
Ce que l’on croyait être l’apanage de notre espèce trouve en fait ses racines dans le monde primate.
Une forme de morale serait déjà à l’œuvre dans les sociétés de singe les plus évoluées ; c’est en tout cas la thèse que soutient un primatologue plutôt sérieux : F De Waal dans son ouvrage "le bon singe"

Pour que la morale ou qu’une forme même primaire de la morale puisse exister dans une société, il faut que ses membres réunissent certaines conditions, en particulier :

-    être un animal social : vivre en groupe avec ce que cela implique en termes d'entraide mais aussi de conflits potentiels.

-    avoir de bonnes capacités mémoires (pour se rappeler des actes commis par les uns ou les autres.

-    avoir une prédisposition biologique à l’empathie (être capable de se mettre à la place des autres, pour savoir ce qui est bien ou mal pour eux).

-    il faut être à même d’édicter (implicitement au moins) des normes : les membres du groupe doivent savoir et par conséquent apprendre, ce qui est bien et ce qui ne l’est pas. Et comprendre qu’en transgressant ces règles, ils seront punis.

Ces conditions sont réunies chez les chimpanzés par exemple, qui vivent en groupe sociaux.

Ils peuvent se souvenir des actions commises par leurs pairs plusieurs mois après, en témoignent les actes de revanche (c’est un plat qui se mange froid aussi chez eux !).

Ils sont capables de prêter main forte (et pas seulement à leur famille, mais aussi leurs amis, les enfants du groupe..), il leur arrive d’aider les plus faibles, les handicapés et ils coopèrent volontiers (s’entraider) pour défendre leur territoire…
Ils savent ce qui est bien vu ou mal vu au sein du groupe : ils se cachent parfois après avoir transgressé une règle sociale ou en font des tonnes pour « groomer » leurs alliés, essayer de « réparer » leur conduite.

Ils partagent avec nous le sens de la réciprocité :" si je te donne de la nourriture, tu devras m’en donner autant, la prochaine fois". Et le fait de ne pas renvoyer l’ascenseur peut valoir une sanction (non partage de nourriture la fois suivante quand l’ingrat renouvellera sa requête voire morsure, isolement forcé…).

L’analyse de la morale chez les primates permet de mieux comprendre à quoi la morale sert  fondamentalement, au-delà des débats  idéologiques.

La morale est un des moyens qui permet d’assurer la paix et la cohésion au sein d’un groupe social.

La vie en groupe présente des avantages indéniables pour ses membres. En coopérant face aux prédateurs mais aussi pour chasser et trouver de la nourriture difficile d’accès, ils augmentent sensiblement leurs chances de survie et de reproduction.
Mais la vie en groupe a son revers de médaille :  la compétition. 
A partir du moment où l’on vit en groupe, on est en compétition pour obtenir des ressources, des femelles…et des intérêts divergents peuvent apparaître.

Progressivement, les sociétés de primate ont affûté leurs armes pour éviter que ces tensions liées à des situations de compétition, ne mettent le groupe en péril. Certes, ce n’est pas un processus conscient mais l’évolution a favorisé les comportements permettant de rétablir la paix après un conflit et même d’éviter les conflits.  Ainsi chez les chimpanzés on se réconcilie le plus souvent après un conflit, et si les rivaux rechignent, souvent une femelle joue les médiateurs pour les inciter à faire la paix quand ce n’est pas le chef de la tribu qui s’en charge.
Et pour réduire le risque de conflit, avant une situation de compétition forte (ex partage de nourriture), les chimpanzés se grooment, se caressent, s’épouillent, se chatouillent, s’embrassent réduisant ainsi  la tension sociale.

La morale, y compris dans sa forme basique participe à ce processus de préservation de la cohésion sociale.
La crainte d’être exclu du groupe, ou de perdre ses alliés au sein du groupe conduisent les membres à respecter le plus souvent les règles du jeu social,  telles que la réciprocité par exemple. « je te fais ce que tu me fais, en bien comme en mal » : cette norme est forte chez les singes. Elle constitue le socle de la morale humaine : "ne fais pas aux autres, ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse".

En fait les individus sont prêts à sacrifier leur plaisir immédiat et leurs pulsions (agressives, sexuelles…) au  nom du groupe. Ce qui fonde leur comportement ce n’est pas une motivation des plus nobles (à savoir œuvrer au bonheur du groupe) mais l’intérêt individuel qu’ils trouvent à protéger leur groupe.
Un primate est perdu sans son groupe ou si son groupe sombre dans le chaos, il peut perdre beaucoup y compris la  vie (et les femelles, leurs petits).
En renonçant à la logique de pur plaisir individuel, ils expriment leur attachement au groupe et à sa pérennité. Et comme c’est très important, les mères commencent très tôt à transmettre certaines valeurs –règles du jeu sociales à leur progéniture (respect de l’autorité, de la hiérarchie..).

Les dérapages observés dans les écoles, dans les « quartiers » comme on  dit…sont de ce point de vue là préoccupantes, car la transgression de la morale est peut être révélatrice d’un mal plus profond, la perte du sentiment d’appartenance à un groupe.
Si le groupe ne joue pas son rôle de protection, alors pourquoi renoncer à ses appétits, se sacrifier individuellement, il n’y a pas de raison ?
En tant que primate, on est disposé à aliéner quelque peu notre liberté et accepter l’autorité, à condition qu’en échange (principe de réciprocité oblige), cette autorité nous protége des dangers, crée les conditions de notre tranquillité et nous aide à accéder aux ressources…
Si cette autorité faillit dans sa mission, elle ne peut plus rien espérer de ses membres et ce n’est pas en leur rappelant haut et fort les règles du jeu, qu’elle sera entendue.

On n’a pas fini de découvrir les effets pervers de ces supers communautés dans lesquelles évoluent les primates humains, aujourd’hui. Là où la promiscuité obligée, la peur de l’autre ont pris le pas sur le sentiment d’appartenance, les relations stables qui caractérisent les tribus de  primates singes.
Peut-être que la solution serait, à l’instar des chimpanzés, d’introduire dans nos communautés, le processus de scission fusion qui conduit les groupes trop denses à éclater et se séparer en deux pour  conserver une taille humaine (comme on dit en langage humain !).
Qui sait alors si la morale retrouverait d’elle-même sa place au sein de nos tribus!

19 février 2008

Regard de primate sur les réseaux sociaux: seconde partie

- Les réseaux sociaux outils de séduction « masqués »

En bon primate, on ne se limite pas à rechercher des liens sociaux, mais nombre d’entre nous, espèrent trouver leur partenaire d’un soir ou d’une vie. C’est pas toujours facile au bureau, vu les conséquences en cas d’échec, et dans les autres moments de la vie, c’est la course, la promiscuité imposée, donc le parcours du combattant.

Les Meetic et autres sites de rencontres commencent à se faire quelques cheveux blancs avec le succès d’un réseau comme Facebook qui permet à ses membres notamment d’illustrer leur profil par une photo.
Facebook permet d’accéder gratuitement (les sites de rencontres sont payants) à des milliers de photos de personnes et de connaître leur situation maritale, la ville ou le pays où elles vivent, c’est déjà beaucoup.

Par rapport à un site de rencontre, on avance masqué, s’inscrire sur Facebook ne veut pas dire « je cherche âme sœur », mais « je cherche à renforcer mes liens sociaux ».

Donc la fierté est sauve, et c’est au hasard des contacts, des liens réanimés, croisés… qu’on espère faire The rencontre.

Par rapport à un site de rencontre, Facebook est plus rassurant car il permet, comme dans la vraie vie, de rencontrer les amis de nos amis… donc à priori de rester dans notre univers socio professionnel, culturel ce qui maximise les chances d’un lien durable.
Tout cela sous la pression sociale de nos « amis » car sur Facebook, ce que vous dites aux autres membres, ce que vous leur envoyez est porté à la connaissance de tous vos autres amis. Donc malheur à celui qui se conduit mal, il aura à répondre de son comportement devant tous ses friends…
Il y a quelques mois, une nouvelle application est apparue qui facilite encore plus les rencontres et conquêtes amoureuses sur Facebook.

Le jour où les langues se délieront, et où l’on évoquera la séduction comme motivation première pour rejoindre les Facebookers… Facebook devra se battre pour préserver son attrait. C’est notamment parce  qu’il avance masqué, qu’il séduit !

- Les réseaux sociaux comme outil d’influence et de pouvoir ?

Pour les primates les plus évolués comme les chimpanzés, la course aux « amis » est essentielle, surtout pour ceux qui veulent devenir chef. Plus on compte d’amis, de soutiens, plus on a de chances d’accéder au pouvoir. C’est la règle, un primate seul, ne peut pas prendre le pouvoir. Donc le chimpanzé doit en permanence se comporter de manière à conquérir des voix.
Tous les moyens sont bons, séduction, coup de main en cas de difficulté, voire intimidation parfois…
Dans notre inconscient collectif de primate humain, il est clair qu’un homme ou une femme de pouvoir se doit d’être le plus entouré possible.
Les réseaux sociaux offrent l’illusion à ses membres, d’être des personnes influentes et de pouvoir puisqu’elles leur permettent d’afficher sur leur « profil » leur nombre d’amis. Avec une cinquantaine d’amis , vous commencez tout juste à imposer un certain respect.

L’affichage de notre capacité d’influence représente une information capitale qui justifie à elle seule,  certaines adhésions au réseau social.

Malheureusement le baromètre de notre popularité n’est pas des plus fiables, tout simplement parce que les « amis «  sur Facebook n’ont pas la même valeur que dans la vie réelle. 
Tout le monde est encore loin d’être sur Facebook,  nos vrais amis ne sont pas tous membres loin s’en faut, donc il faut en aller chercher d’autres, des amis « virtuels » : ceux qu’on a rencontré sur les plages Corses l’an dernier, ceux qu’on a croisé lors du dernier séminaire, les amis de nos amis…il faut dire qu’accepter d’être un ami, n’est pas très impliquant. Il suffit de répondre oui à la demande « d’amitié » en cliquant une fois ! et c’est d’autant plus tentant, que ce nouvel ami, pourra afficher de son coté  un nouvel ami au compteur, donc c’est tout bon pour les deux !
Seule contrainte tout de même, ce nouvel ami, va découvrir tout notre réseau d’amis , il y aura accès, il pourra communiquer avec eux.

On comprend qu’avec de si faibles contraintes, on puisse multiplier les amis et donner facilement l’impression de disposer d’un réseau d’influence sans fond.
Vouloir évaluer le pouvoir de chacun à partir des réseaux sociaux est une illusion, le pouvoir ne se mesure pas au compteur d’amis de Facebook, c’est clair. 
C’est d’autant plus vrai que certaines applications permettraient d’acheter des amis sur son réseau. Pour l’instant le projet « Fake your space » a avorté mais ce n’est que partie remise tant les appétits des internautes sont grands. Il s’agissait de choisir dans un catalogue, photos à l’appui, les amis qu’on  voulait « adder » à son réseau affiché sur sa page. Histoire de doper le nombre d’amis et en particulier d’amis super valorisants à son compteur…

Ceci étant les réseaux sociaux offrent d’autres moyens pour afficher son influence, qu’un compteur d’amis. C’est le fait de créer des « groupes, hubs »… c’est à dire de fédérer des membres autour d’un enjeu, centre d’intérêt commun. Si vous créez un groupe qui attire plusieurs centaines de personnes, cela veut dire que vous êtes influent.
Mais là encore, l’illusion est grande, car il est facile d’attirer du monde sur un groupe, car faire partie d’un groupe est peu impliquant, il suffit de cliquer sur la case « je veux faire partie du groupe ». Sachant que plus vous faites partie des groupes, plus vous êtes censé être « open minded » et plus vous avez de chances de vous faire des contacts, donc là encore, tout le monde a intérêt à faire partie de groupes.
La plupart des groupes présentent peu d’intérêt, une fois créé, il ne s’y passe pas grand chose, peu d’échanges dans les forum de discussions.

Cependant, il existe des groupes très actifs, qui ont eu un vrai impact, des groupes militants qui se battent pour faire pression, l’un des plus efficaces a été créé pour éviter que « Facebook ne soit récupéré par les annonceurs » il a collecté des millions de voix et a obtenu gain de cause.

Donc cela peut marcher, on n’est pas encore en phase de maturité, pour l’instant c’est la dimension ludique qui domine, il suffit de voir le nom des groupes   « Ceux qui détestent couper un oignon »… « Halte à la feuille de salade décorative » « Ne restez pas immobile sur la file  gauche de l’escalator », « Pd1251158   »…



14 février 2008

Echanges de politesse entre mère et ado

Merefillechambreacouchermeretresser LE CONTEXTE

Il est 7h30 du matin, vous êtes encore sous l'effet du somnifère que vous avez gobé après une énième conversation "prise de tête"  avec votre conjoint, hier soir. Votre charmante ado de 13,5 ans vous accueille au saut du lit, en vous demandant si vous comptez porter cette petite robe vichy très Baby Doll, avant de vous demander innocemment si vous espérez encore longtemps "jouer les jeunes filles"…


LE SCÉNARIO CAUCHEMARDESQUE

Ce genre de pique a le don de vous irriter, elle vous laisse sans voix et votre fille le sait.
Sur le terrain de la répartie, elle n'a de leçon à recevoir de personne.
Comment ne pas perdre la face en tant que mère, rester crédible, sans pour autant faire figure de  réactionnaire, « out » ?
Comment échapper à l’escalade de violence verbale, aux portes qui claquent et à la tentation de la   gifle ?


LES PIÈGES À ÉVITER

- L'avocate  :

Il n'est pas judicieux de plaider votre cause en tentant d'expliquer pourquoi vous avez raison d'agir ainsi, en rappelant que " cette petite robe, vous va bien, votre meilleure amie à la même, le magazine ELLE la recommande… ». Vous rentrez alors dans le jeu de votre fille, vous êtes sur la défensive, autant dire que vous vous enfermez dans le rôle de la perdante. Car au final, elle parvient à vous mettre en situation de vous expliquer, de vous justifier, les rôles sont renversés

- Copain, copain :

Vous pouvez par lassitude lâcher prise en répondant "Ah bon tu crois que ca fait un peu ridicule ? "
Ce qui revient à perdre toute autorité sur vos enfants. Et croire que votre ado finira par se lasser de ce petit jeu est une illusion, votre faiblesse ne peut que renforcer sa motivation.
Chaque nouvelle épreuve qu'elle vous inflige et qui se conclue par votre résignation, la conforte dans l'idée que les parents ne sont plus crédibles aujourd'hui, alors pourquoi les écouter ?


COMMENT S’EN SORTIR ?

La bonne tactique consiste à laisser entendre que la réflexion de votre ado n’a pas de prise sur vous, vous ne lui prêtez aucune attention, elle glisse sur vous. Elle ne mérite aucune attention de votre part.

- La sourde oreille :

C'est la technique la plus simple à mettre en œuvre, elle  consiste à prétendre que vous n'avez pas entendu sa réflexion. Si vous n'êtes pas encore complètement réveillée, la technique est encore plus crédible. Attention à ne pas en abuser, tout de même, car à chaque fois que vous faites la sourde oreille, vous rompez la communication avec votre enfant et creusez un peu plus le conflit entre générations.

- La technique du boomerang

Il vaut mieux opter pour une technique qui se situe à mi-chemin entre l'ignorance et le débat conflictuel et qui consiste à prendre la perche de communication que vous tend votre ado mais en la détournant de son but initial au lieu de vous atteindre elle atteint votre ado…
Cela s'appelle l'effet boomerang avec ses différentes versions.

La psy :

vous   décryptez sa réflexion en montrant qu'elle traduit sa vulnérabilité….
Ex : "cette petite robe, elle te plait tant que cela, tu veux l'emprunter ?"
Ou encore : "tu as si peur d'avoir une mère au top, sois patiente bientôt je serai une vieille maman…"
L'essentiel est de montrer que vous avez écouté ses propos mais que vous ne vous sentez pas affaiblie, concernée par son commentaire .

• La caricature :

il s'agit de caricaturer l'attitude négative de votre fille, en forçant ses propos. "Si je t'entends bien, je régresse, malheureusement tu n’as pas vu le pire, bientôt je sifflerai mon  biberon devant la télé, et je porterai des couches culottes…"
Si vous êtes capable de sourire, de faire preuve d’humour dans ce contexte de tension pour ne pas dire de compétition, vous démontrez que vous ne vous sentez pas agressée par ses propos, tout en lui laissant entendre qu'elle frôle le ridicule..

Vous pouvez aussi choisir une autre voie  pour vous en sortir la tête haute et sans envenimer le conflit, celle de l'émotion, vous allez manipuler ses sentiments, ses émotions (ok c’est pas politically correct, mais bon, pour faire face à un ado, tous les moyens sont bons).

• La culpabilité

Vous pouvez rediriger l'agression verbale de votre ado en jouant la carte de la culpabilité .
Montrez lui  qu'en agissant ainsi il pénalise, il trahit.. non pas vous, mais quelqu’un d’important à ses yeux, ou une valeur à laquelle il est attaché (jouer sur sa fierté) telle que la liberté ou la tolérance…."tu as probablement raison, il faudrait fixer une fois pour toute ce que l'on peut porter age par age, sexe par sexe, quartier par quartier, c'est cela la liberté, la tolérance !"

• La compassion

Autre manière de lui faire comprendre que sa réflexion n'a guère de prise sur vous :
faites preuve de compassion à son égard, prenez du recul et proposez lui, magnanime, une solution : ex
"Ta réflexion  est normale,  compte tenu de ce que tu vis en ce moment, c’est comme tous les ados, tous les étudiants avant le bac tu es sur les dents, pourquoi n'irais tu pas passer quelques jours à tel endroit ?"


ATTITUDE

- Se positionner comme un chef : debout et droit pour paraître le plus grand possible, avec un stylo, une cuillère à café, une paire de lunettes à la main que vous secouez imperceptiblement...

Autant de symboles d’arme (un  chimpanzé ne peut pas espérer avoir le dessus dans un conflit, s'il se présente mains nues. Il faut qu'il manipule une branche d’arbre, une pierre, quelconque objet qui pourrait faire office d’une arme, ca pose son autorité !

Veillez à ce que votre voix soit forte, ferme mais posée , surtout ne levez pas la voix,vous exprimeriez une perte de  contrôle. 
Votre regard doit être fixe et soutenu sur l’ado.

- Mais un chef évolué : sourire amical,  pas de gestes agressifs : index pointé, poing dressé en direction de l'ado…

13 février 2008

Regard de primate sur les réseaux sociaux : première partie

Comment expliquer le succès phénoménal et à l’échelle mondiale de Facebook, l’un des derniers nés des réseaux sociaux grand public, qui compte près de 90 millions de membres et enregistre plus d’un million de nouveaux membres par mois !

Ces réseaux sociaux répondent à une motivation  bien plus partagée que celle de la recherche de connaissances (motivation originelle des internautes), à savoir, la motivation « sociale ».

Ces réseaux satisfont à nous donnent Pd1290127_s l’illusion de satisfaire nos besoins en tant qu’animal social, membre de la tribu humaine.

On a tendance à l’oublier, mais l’on est et l’on reste des primates, à ce titre nous sommes des êtres sociaux;  nos chances de survie sont quasiment nulles sans les autres. La perte de tout lien social chez les chimpanzés, nos proches cousins, signifie la mort ou presque.

On comprend mieux le syndrome « de l’abandon » qui conduit nombre d’entre nous, droit au divan…

Il est donc crucial de construire des liens avec d’autres humains, de les entretenir pour assurer leur  pérennité.

C’est encore plus vrai dans nos sociétés occidentales, les liens sociaux sont d’autant plus importants qu’ils viennent compenser d’autres types de liens qui se sont désintégrés ou fragilisés. Le lien familial
(cellule familiale au sens large comprenant les grands parents, parents, enfants…) n’a plus autant de sens aujourd’hui, en tout cas les différentes générations ne cohabitent plus sur un même territoire. Le lien conjugal s’est fragilisé avec l’augmentation des divorces, séparations.

Le lien social professionnel lui aussi a du mou. Dans les usines, la notion de performance individuelle s’est substituée à celle d’équipe,  le travail en équipe autour d’un chef a progressivement disparu (même si l'on commence à revenir en arrière). Dans les services, les cols blancs n’ont jamais autant été confrontés à la pression individuelle : les rémunérations, la reconnaissance, la promotion, tout est de plus en plus individualisé. Dans ce contexte, la notion de collègue sonne un peu désuète par rapport à la notion de compétiteur-rival... Mais ce n’est pas propre à la vie professionnelle, d’une manière générale, les rapports de force dominent par rapport aux liens sociaux. On en est compétition pour obtenir une place pour son enfant, à la crèche, puis plus tard dans  la meilleure école, on est en compétition pour décrocher un poste et même pour obtenir un créneau avec le plus réputé des chirurgiens…

Dans ce contexte de compétition et de tension quasi permanente, c’est pas facile de se faire des amis ou de les garder !

De plus, le phénomène d’urbanisation a lui aussi engendré des frustrations au plan des liens sociaux :

o    Dans les régions qui se sont vidées ou qui ne parviennent qu’à fixer les plus âgés, on est en manque de liens.

o    Dans les villes, la promiscuité imposée freine notre appétit social. La proxèmie nous rappelle que nous évoluons dans une bulle virtuelle, qui représente notre espace personnel. Seules les personnes faisant partie de notre intimité ont le droit d’évoluer dans le champ de notre haleine, les autres doivent respecter notre bulle : soit une distance d’au moins 60 à 80  centimètres (cela dépend de la culture voire du statut social de chacun). Le fait que des étrangers (d’autres primates) violent cette bulle personnelle dans les magasins, l’ascenseur, le bus ou le métro, est vécu comme une vraie agression.  Notre réflexe primate est de se sentir en danger et de réagir par la fuite (cela on ne peut pas en général) ou par l’immobilisme. On feint le « mort » ou presque. On ne parle pas, on respire le moins fort possible, on ne sourit pas et surtout on ne regarde pas l’autre, car le regard de près, fixe, est perçu comme un signal d’attaque.
En d’autres termes, plus on est « collé serré » moins on a de chances de développer des liens sociaux.

On voit bien que toutes les conditions sont réunies pour générer des véritables frustrations en termes de liens sociaux aujourd’hui. La multiplication des associations, des recherches autour de la généalogie, du bénévolat… toutes ces initiatives tentent de recréer du lien social ou familial mais elles supposent beaucoup de temps, un vrai engagement.

C’est dans ce contexte que sont apparus les réseaux sociaux sur le web, qui offrent la possibilité et tout au moins l’espoir de renforcer, réanimer des liens et d’en créer de nouveaux.

La première vocation des réseaux sociaux est de permettre de renforcer le lien avec ses amis, sa famille, des collègues. Un réseau social permet de se « groomer » virtuellement (activité très caractéristique des primates qui s’épouillent, se caressent pour entretenir les liens ).

Les réseaux et en particulier Facebook qui a le plus la cote aujourd’hui, ont facilité les échanges de messages, photos, vidéos et de petits gadgets, cadeaux virtuels (on s’envoie un nounours, une fleur virtuelle). C’est pratique, cela prend moins de temps, cela coute moins cher que d’envoyer un vrai bouquet. Le problème, c’est que cela « paye moins » aussi. Cela fait plaisir la première fois, puis on est vite écoeuré saturé par ces cadeaux si facilement offerts.

On peut aussi réanimer un vieux contact, retrouver un copain de classe, ou un ancien collègue voire un amant perdu de vue. Et ce, sans la crainte « de perdre la face ». Appeler quelqu’un par téléphone qu’on n’a pas vu depuis 20 ans, c’est une démarche pas facile, « poker » quelqu’un c’est moins impliquant ,  on envoie un coucou virtuel   (il suffit de cliquer sur Poke »), et l’autre choisit d’y répondre, dans ce cas, cela veut dire qu’on peut renouer le contact. Si l’autre ne répond pas, on peut mettre cela sur le compte d’un problème technique…

Quant à se faire de nouveaux contacts, c’est plus difficile. A priori, quand on ne se connaît pas, il faut se trouver un point commun suffisamment fort pour justifier le contact car un nouveau contact  implique un« danger » pour notre cerveau reptilien. Sauf si l’on s’inscrit dans une perspective de drague.

Une passion peut réunir des personnes étrangères l’une pour l’autre, par exemple, des membres de Second Life peuvent rentrer en contact après avoir joué ensemble, échangé leurs tuyaux sur leurs passions communes.
Mais c’est surtout pour des raisons professionnelles qu’on peut rentrer en contact avec des personnes inconnues. Linkedin, Viadeo, sont des réseaux sociaux « historiques », plus anciens fondés sur cette promesse du développement des liens sociaux professionnels, ils ont réussi à se développer mais sans atteindre le succès de Facebook qui lui, se veut grand public, mixant les liens professionnels, personnels voire familiaux et qui répond, comme on le constatera ultérieurement à de nombreuses motivations.


A suivre ….

06 février 2008

Justice sociale chez les primates

J'ai noté avec intérêt le concert des réprobations qui a suivi la distribution des portefeuilles ministériels dans les premiers 100 jours de Sarkozy. Je me souviens encore du cri du coeur poussé par Devedjian découvrant que son fidéle ami et néanmoins président avait accordé la place qu'il revendiquait au sein du gouvernement à un autre  : Je suis pour un gouvernement d'ouverture, y compris aux sarkozistes!

Franz de Waal , le célèbre primatologue,  apporte un éclairage qui peut nous aider à décrypter ce qui s'est passé, dans son livre "le bon singe".
Il  aborde en effet dans son ouvrage, notamment la question de la justice sociale chez les primates non humains.
En fait il nous rappelle qu'il existe une règle ancestrale chez les primates les plus évolués (chimpanzés) dans le domaine de la justice sociale qui consiste à arbitrer souvent pour les subordonnées  au détriment des membres les plus puissants du groupe voire de la parentèle (famille) et des amis les plus proches.
C'est à dire qu'en cas de conflit, le chef primate va donner raison aux subordonnés de moyenne classe plutôt qu'à ses "potes".
Pourquoi ? il semblerait que ce soit un moyen de réunir le maximum de voix, puisque l'exercice de conquête et de maintien au pouvoir suppose d'être soutenu par le maximum de membres de la tribu.
Les voix de ses "amis", parents" étant à priori acquises, le chef a tout intérêt à élargir son réseau d'influence et à s'attirer  les bonnes grâces des subordonnées de la middle class.
Une autre raison expliquerait cette attitude du chef dans la justice sociale. En arbitrant en faveur des classes moyennes du groupe, le chef réduirait l'écart entre les subordonnés dominants du groupe et les subordonnés moyens. Ce faisant il réduirait le pouvoir d'influence des subordonnées dominants et contribuerait ainsi à sécuriser son poste. Car chez les primates humains comme non humains, c'est bien connu la menace vient de "ses alliés", c'est en général l'ex numéro 2 du groupe, ou en tout cas l'un des subordonnés dominants du groupe qui peut renverser le chef ou lui succéder.
Mieux vaut prévenir que guérir, le  chef va donc chercher à étendre sa sphère d'influence, à fragiliser ses alliés dominants actuels, on n'est pas loin de la stratégie "du diviser pour régner".
En fait ce qu'on pourrait qualifier chez un chef, de comportement parfaitement altruiste (à savoir aider les plus faibles...) relèverait plutôt d'un comportement politique.
Les proches des hommes de pouvoir, s'ils veulent s'éviter de douloureuses déceptions, feraient bien d'avoir en tête qu' ils ne seront pas nécessairement toujours soutenus, loin s'en faut, par leur chef, en tout cas si celui ci se plie aux ancestrales règles primates pour gouverner.

Relations avec son Boss : la demande d'augmentation

Régulièrement, je vous propose de découvrir une "fiche extraite de notre ouvrage collectif "Du Tac Au Tac " . Ces fiches proposent des pistes de réactions et des techniques d'argumentation dans des moments de notre vie professionnelle, familiale et sociale où l'esprit de répartie est plus que conseillé !

LE CONTEXTE

Vous voulez profiter de votre entretien annuel, pour demander une augmentation. Même si vous êtes en contact avec votre boss tous les jours, théoriquement,  vous disposez là d’un temps d’écoute et de parole contractuelle, à condition de savoir en tirer parti !

LA VERSION CAUCHEMARDESQUE

Votre  boss sera tenté de vous "endormir" avec des paroles élogieuses , il saura créer un climat de confiance totalement paralysant, dans ce contexte parler argent paraîtra "mesquin".
A moins qu'il ne préfère d’entrée de jeu vous rappeler vos lacunes,  histoire de couper court à toute revendication.
Il peut enfin se confier à vous, en énumérant  les problèmes de l’entreprise.
S'il ne parvient pas à vous arracher des larmes, il sait que vous n'oserez pas l'accabler davantage en lui réclamant plus d'argent.  Cela s'appelle vous culpabiliser responsabiliser !


LES PIEGES À EVITER

-    La tête la plus "chassée" :

Inutile de balancer d’entrée, que "vous êtes chassé, convoité par les cabinets de recrutements"... 

Cette tactique passe ou casse, soyez donc certain de vos arrières. Et surtout,elle s’use dans le temps, difficile de l’utiliser chaque année !

La procastination :

Ne pas remettre au lendemain votre requête sous prétexte qu’aujourd’hui, votre patron a mal dormi, que votre dernier dossier n’a pas vraiment fait l’unanimité, et que demain c’est Noël...
C’est ainsi que les années s’écoulent, que votre salaire stagne et que vos collègues progressent.

  Le syndrome Calimero :

"Vous n'avez pas été augmenté depuis 3 ans, mais le loyer, lui, a progressé et les enfants ont grandi. La vie est dure pour vous, votre conjoint est au chômage".
Ne vous attendez pas à ce que votre boss sorte sa boîte de kleenex, vous n’obtiendrez que des paroles vaguement compatissantes et sur le moment seulement, car l’argument des sentiments ne fonctionne pas dans la durée. Sitôt que vous aurez passé la porte, il aura oublié vos rancœurs. Vous passerez pour un faible qui ne mérite donc pas d'être promu.


COMMENT S'EN SORTIR ?

La tactique consiste à jouer les naïfs, celui qui ne connaît pas sa valeur, voire qui en doute, tout en faisant en sorte que votre patron réalise que vous êtes en situation de force.

- Le surprendre en le valorisant (tactique du cirage de pompe)

Créer un climat sympathique :
"je suis heureux que vous m'ayez confié telle responsabilité ou que le climat du bureau soit devenu plus chaleureux, ou bien que les nouveaux locaux soient bien mieux
" ..."

- Dressez un bilan du projet qu’on vous a confié

Citez des chiffres, faites rêver votre chef en vous projetant dans l’avenir :
«  si tout réussit on peut imaginer tel résultat... »

- Attaquer le problème en soulignant votre démotivation

"Le paradoxe c’est que je devrais être très motivé, mais quelque chose ne fonctionne pas qui me conduit à me poser des questions...
Je n’ai pas le sentiment que la Direction soit convaincue de ce projet, qu’elle mesure le travail accompli, il n’y a pas de signe concret de reconnaissance, dans une entreprise cela passe notamment par la rémunération, or la mienne n’a pas bougé depuis 3 ans, qu’est-ce que cela signifie
?
Si le contexte du marché de l'emploi est dynamique, vous pouvez ajouter que : "j'ai eu une proposition, je préfère être franc, mais je ne l'ai pas même examinée, car je suis confiant dans l’entreprise, pour trouver une solution au problème".

- Résultat espéré :

• Au mieux, vous obtenez votre augmentation immédiatement.

• Moins bien, votre patron multiplie les éloges, mais à un moment donné, il faudra qu’il passe aux actes concrets, s’il ne veut pas vous perdre...

• Au pire, vous n'obtenez rien, parce que votre boss n'a pas le pouvoir. Mais au moins vous êtes fixé. Ne perdez pas votre temps. Vous savez ce qu'il vous reste à faire.


ATTITUDE, COMPORTEMENT

Adoptez l’attitude de la soumission partielle, celle du subordonné dominant (par opposition aux subordonnés inférieurs).

Manifestez un certain abattement : peu de gestes par manque d’énergie, voix faible, mais regard soutenu au patron quand vous lui parlez.

Pas de regard en coin, pas d’épaule ronde ou de tête baissée ... qui sont autant de marques de soumissions totales. Sinon vous ne seriez pas respecté, on comprendrait que vous n’êtes pas prêt de quitter l'entreprise, et vous ne le serez jamais, et que vous allez continuer sagement à mener à bien votre mission.

01 février 2008

Copuler et Facebooker, même combat ?

Quel est le point commun entre un primate qui simule une monte (copulation) et un autre qui communique sur Facebook ? dans les deux cas, ces comportements relèvent d'un même besoin, le grooming.
On a longtemps considéré le grooming comme un acte d'hygiène et de toilettage chez les singes, en fait, il s'agit d'abord d'un acte social (gestes d'attention aux autres). 
Le grooming contribue à la paix des tribus primates car il permet de calmer les tensions entre individus et il permet à chacun de réaffirmer sa position dans la hiérarchie  ce qui évite les  conflits pour l'accés aux ressources : ils  ne se battent pas pour de la nourriture ou pour une femelle, mais se contentent de prendre ce que à quoi leur statut leur donne droit. Ce n'est pas un hasard si les sociétés de singes qui se grooment le plus sont aussi celles qui enregistrent le moins de conflits .
Au plan individuel, le grooming est une vraie source de plaisir, les scientifiques ont montré que le grooming stimule la production d'endorphines, réduit le stress et booste le système immunitaire.
Dans certaines sociétés de singes comme les Bonobos, le grooming s'exerce de manière très "physique" : les primates simulent une monte, une copulation pour exprimer leur attention à un de leur pair.
Chez les chimpanzés,le grooming s'exprime  sous différentes formes : s'épouiller, se caresser, s'embrasser, s'enlacer,se saluer, on peut échanger de la nourriture, se faire des dons (on s'éloigne alors de la forme physique du grooming).
Nous autres primates humains, nous portons toujours en nous l'empreinte de ce besoin qu'on pourrait qualifier de primaire.
Nous aussi saluons nos proches, embrassons nos amis, nos parents,  nous nous faisons des cadeaux (nous nous recevons à dîner, offrons un verre, un café...) mais nous avons développé une forme de grooming bien spécifique à notre espèce de primates : le grooming verbal: "bonjour", comment ca va" salut"...nous nous groomons désormais sans nous toucher.
Ce besoin si fort en grooming explique en grande partie l'engouement pour des objets qui symbolisent pourtant la pointe  de la modernité par exemple :  le téléphone mobile. "comment ca va ?  t'es  où" , on a tous surpris ce type de conversation dans la rue, qu'on pourrait qualifier de totalement inutile. Alors que ce type de communication a son utilité, elle répond à notre besoin de grooming, c'est du grooming verbal.
Ensuite on a inventé le grooming électronique : l'envoi d'un message SMS pour dire "salut, je pense à toi" , on ne se voit plus, on ne se touche pas, on ne se parle pas, mais on communique par signaux électroniques.

On a fait encore plus fort, avec les réseaux sociaux sur le web comme Facebook par exemple qui compte plus de 60 millions d'abonnés, on peut se groomer  virtuellement, non seulement en s'envoyant des messages écrits, des photos, des vidéos, mais on peut aussi s'envoyer des cadeaux virtuels (des fleurs par exemple), on peut se "poker" toute la journée (envoyer un message "de bonjour-coucou" numérique). On peut même envoyer en un  seul click la même fleur à 50 amis ! le rêve, le grooming a atteint un stade industriel.

On peut néanmoins se demander si la frénésie autour de ces réseaux ne révèle pas une certaine frustration en terme de grooming, ces réseaux donnent l'illusion du grooming, mais il n'est pas certain qu'ils  soient aussi efficaces au plan de notre système hormonal et immunitaire que le grooming physique traditionnel primate. Serait- on en manque de "toucher" ?
Ca pourrait expliquer le succès des professions qui proposent de nous "toucher" en tout bien tout honneur: les masseurs, kinesi, esthétique, shiatsu, sans oublier les sports qui impliquent qu'on se frotte, se touche (la lutte, taichi...).
Sur ce, je vous laisse, je suis en retard sur mon programme de grooming.

 
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